dimanche 10 décembre 2006

Fiche de lecture n°2 : « Les acquisitions dans le contexte électronique »

Notice bibliographique : Cavalier, François, « Les acquisitions dans le contexte électronique », BBF, 2006, n° 1, p. 62-65[en ligne] Consulté le 04 décembre 2006

Mots-clefs : acquisition, ressource électronique
Lien : http://bbf.enssib.fr/sdx/BBF/frontoffice/2006/01/document.xsp?id=bbf-2006-01-0062-010/2006/01/fam-dossier/dossier&statutMaitre=non&statutFils=non


Résumé :

Dans cet article François Cavalier dresse un panorama des modèles économiques actuels d’acquisition de ressources électroniques et en analyse les implications pour les bibliothèques. Il s’intéresse plus particulièrement à l’acquisition de ressources au moyen des consortiums et souligne l’importance du rôle qu’ils ont à jouer.

Il dénombre actuellement cinq modèles économiques principaux. Le modèle « Papier + électronique (surcoût électronique : E-fee) » : Ici l’établissement paie un droit d’accès à la consultation en ligne de la totalité ou d’une partie de la collection d’un fournisseur, en plus de son abonnement à la version « papier ». Ce droit de consultation prend fin quand la redevance n’est plus payée. Les modèles « Electronique + papier (Remise sur papier : DDP) » et « Tout électronique (E-only) » : Dans ces cas il n’y a pas d’abonnement à la collection papier mais uniquement à la version électronique. Le prix de cet abonnement est équivalent à celui de l’imprimé mais le prix d’acquisition des documents papier est plus faible. Pour finir les modèles d’« Échantillonnage suivant la taille de l’établissement », où le prix est fonction du nombre d’usagers, et le « Paiement à la transaction (pay per view) » où l’on paye la consultation de documents à l’unité.

Dans tout ces cas l’archivage des ressources électroniques est effectué par le fournisseur lui-même, sur ses propres serveurs. La bibliothèque n’a donc qu’un droit d’usage sur les documents, non de détention. Au contraire l’acquisition d’imprimé permettait à l’acheteur de détenir physiquement les documents acquis. Le risque encouru est que le fournisseur, soumis aux lois du marché, fasse faillite. Dans ce cas les archives sont tout bonnement perdues. C’est donc la question de la pérennité des collections électroniques constituées par les bibliothèques qui est mise en question. François Cavalier évoque comme solution à ce problème le cas de l’université de Strasbourg, membre du consortium Couperin, qui a obtenue le droit d’archiver sur ses propres serveurs, les données obtenues par son abonnement à Science Direct et ainsi d’assurer la pérennité de sa collection.

Ces modèles économiques ont en outre favorisé l’émergence de nouvelles pratiques commerciales chez les fournisseurs d’abonnements, qui possèdent généralement d’important « portefeuilles » de titres. Ceux-ci vendent les abonnements par « packs » moyennant des prix plus attractifs que pour les abonnements au détail. Par contre le contenu de ces « packs » est imposé par le fournisseur, l’acheteur ne peut le modifier. Il peut s’agir de packs comprenant l’ensemble des titres du catalogue ou encore de packs plus restreints, limité à quelques titres prédéfinis. La conséquence pour les bibliothèques membres de consortium est qu’elle se trouve obliger de payer pour tout un ensemble d’abonnements à des collections, qui pour certaines, leur sont inutile. C’est ce qui ressort notamment de la dernière négociation (au moment de la rédaction de cet article) d’importants organismes scientifiques avec le fournisseur Science Direct. Les choix de chacun de ces établissements, dans les différents « packs » proposés par ce fournisseur, ne se recoupaient dans le meilleur des cas qu’à 70%. La solution qui s’impose alors est celle de l’abonnement à la totalité du catalogue.

Cette standardisation de l’offre des fournisseurs à une autre conséquence, celle d’uniformiser l’offre documentaire des établissements d’enseignement supérieur, d’homogénéiser les ressources proposées. Ceci bouleverse l’activité traditionnelle des réseaux de bibliothèques. Au « temps » de l’imprimé, qui impose une restriction du nombre des collections de chaque établissements (manque de place, coûts du maintient des stocks) ce mode de coopération permettait d’assurer l’accès à une grande variété de ressources, via par exemple le prêt entre établissements. Aujourd’hui les bibliothèques ne demande plus au « réseau » d’assurer cette variété, puisque chaque établissement à accès en ligne aux mêmes collections, mais de jouer le rôle de « négociateur » face aux fournisseurs. C’est le rôle que joue les consortiums qui en même temps dynamisent et renforcent les réseaux par leurs actions. Il est à noter que cette uniformisation peut aussi être considéré comme positive car elle permet aux chercheurs, indépendamment de leur lieu d’exercice et de leur discipline, d’accéder à un même « réservoir » de ressources.


Commentaire :

Les consortiums sont nés d’une réaction aux « abus » des fournisseurs de ressources électroniques. Je voudrais préciser avant tout ce que l’on entend ici par ressources électroniques.

Les bibliothèques « scientifiques et techniques » (bibliothèques d’universités, de laboratoires, etc.) bien que moins visibles que leurs consoeurs grand public (bibliothèques municipales, médiathèques, etc.) sont une part importante des « centres de ressources documentaire ». Les bibliothèques « scientifiques et techniques » donc, a destination d’un public spécialisé de chercheurs, sont de grandes consommatrices de périodiques scientifiques. Ceux-ci sont en effet un outil de travail essentiel aux chercheurs. Le périodique scientifique est bien sûr un moyen de diffusion des résultats de la recherche mais aussi et surtout moyen d’évaluation du travail des chercheurs. En effet le dans le domaine de la recherche public le maintient du financement d’un scientifique tient aux résultats de l’évaluation régulière de ses travaux. A ce titre le nombre de ses articles publiés dans la presse scientifique est un indicateur important. Etre publié implique une reconnaissance de ses compétences par ses pairs, c’est en quelque sorte une validation de ses travaux.

C’est la raison pour laquelle les périodiques scientifiques constituent une part très importante des fonds dans ce type de bibliothèque, tant physiquement que financièrement. Bien sûr on compte d’autres types de ressources lorsque l’on parle des ressources électroniques, par exemple les bases de données en ligne qui sont aussi un outil important, mais les périodiques scientifiques restent malgré tout une ressource primordiale. Avec le développement de l’informatique les périodiques scientifiques ont pu adoptés le support numérique. L’Internet a quant à lui démultiplier l’offre des publications ainsi l’importance de ce type de ressources à crû elle aussi.

Tout ceci serait parfait s’il n’y avait un « hic ». Le problème tient aux pratiques des fournisseurs, Elsevier et Blackwell Publishing détenant des quasi-monopoles, qui pratiquent des prix prohibitifs et imposent des conditions d’utilisation et d’accès à leurs catalogues abusives (comme le montre François Cavalier dans cet article). Le prix des abonnements aux périodiques électroniques a augmenté rapidement en quelques années, les fournisseurs imposent toutes sortes de restrictions dans leurs contrats (limitation du nombre d’accès aux ressources par utilisateurs ou par postes, etc.), vendent les abonnements par « bouquets », ce qui contraint énormément les bibliothèques. Cette situation à amené une réaction rapide du mode de la documentation, la création de consortiums. Il s’agit d’établissements se regroupant pour négocier collectivement les contrats passés avec les fournisseurs, car comme le dit l’adage, « l’union fait la force ».

Ces bouleversements ont tout de même eu l’avantage d’insuffler un grand dynamisme dans le monde des bibliothèques. D’importants projets de collaborations ont vues le jour, de nouveaux modes d’organisation des réseaux de bibliothèques ce sont développés. Car être confronté à des conditions difficiles impose en effet de s’adapter rapidement…

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