Notice bibliographique : Brophy, Peter, « La bibliothèque hybride », BBF, 2002, n° 4, p. 14-20[en ligne] Consulté le 04 décembre 2006
Mots-clefs : bibliothèque, biblothèque traditionelle, bibliothèque virtuelle
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http://bbf.enssib.fr/sdx/BBF/frontoffice/2002/04/document.xsp?id=bbf-2002-04-0014-002/2002/04/fam-dossier/dossier&statutMaitre=non&statutFils=nonRésumé :
Dans cet article Peter Brophy traite du concept de « Bibliothèque hybride ». Il souligne l’intérêt de développer un type de bibliothèque combinant les points forts du modèle d’organisation de la bibliothèque traditionnelle et de la bibliothèque électronique. Il introduit son propos par une définition de la Bibliothèque hybride proposée par Chris Rusbridge, alors responsable de la mise en œuvre du « Programme des bibliothèques électroniques du Royaume-Uni » (eLib). Celui-ci insiste sur le fait qu’une bibliothèque hybride a vocation à mettre à la disposition des utilisateurs les outils lui permettant d’accéder simplement à un ensemble hétérogène de ressources, tant électroniques que papiers.
L’auteur développe dans un premier temps cette idée en répertoriant les inconvénients propres au modèle traditionnel et électronique de création et de gestion du document. Il conclut de cette comparaison que le modèle électronique, malgré ses avantages, ne peut encore être utilisé sans aucun emprunt au modèle traditionnel. Il convient donc, selon Peter Brophy, de faire cohabiter les deux types de modèles. Il évoque le cas des « guichets », points d’accès à l’information par Internet, créés afin de regrouper différents types de ressources (documents électroniques ou notices bibliographiques de documents papiers) en raison par exemple d’une thématique donnée ou encore d’une collaboration entre établissements. L’auteur se penche ensuite sur le cas d’un système de gestion de ressources électroniques mis en place par des bibliothèques universitaires du Royaume-Uni, nommé Distributed National Electronic Resource (DNR). Une évaluation menée dès 2001 à conclut que de part son approche de la question de la gestion et de la diffusion des ressources documentaires ce système, qui emprunte en fait à dix autres modèles (édition, bibliothèque traditionnelle ou encore numérique), met à profit et combine les avantages des modèles électroniques et traditionnels de gestion du document.
Dans un deuxième temps, Peter Brophy liste et analyse les principales difficultés, les problèmes d’ordre technique, qu’il reste à résoudre à la « Bibliothèque hybride » pour devenir un modèle réellement efficace. Celles-ci sont au nombre de cinq : « l’interopérabilité », « la description des ressources », « l’authentification », « l’extensibilité et la pérennité » et, finalement, « l’accessibilité ».
Tout d’abord la question de l’« interopérabilité ». Il définit cette notion comme la nécessité de permettre une « interaction harmonieuse » et automatique entre l’ensemble des applications proposées à l’utilisateur. Il peut s’agir d’interopérabilité technique (assuré l’interaction de différents système grâce notamment à l’utilisation de normes communes), sémantique (normalisation des thésaurus), humaine (processus de contrôle et de mise à disposition des ressources), intersectorielle et internationale (favoriser les échanges d’informations entre différents secteurs et cultures). La difficulté vient de la variété des supports utilisés, formats, logiciels, etc. A ce jour l’interopérabilité est loin d’être totale. Peter Brophy cite à ce titre la norme Z39.50 qui, si elle fournit des règles de paramétrages normalisées des systèmes de gestion documentaire, n’a rien d’obligatoire et reste diversement intégrée par les différents concepteurs.
Vient ensuite la question de la « description des ressources ». Il s’agit ici de s’assurer de l’homogénéité des normes de description des document individuels et des collections, ce afin de faciliter les recherches croisées. Selon Peter Brophy le problème qui se pose alors est celui de la standardisation des méta-données du Dublin-Core. Il souligne que malgré leur simplicité d’utilisation la diversité des types de méta-données utilisées nécessite de pouvoir gérer un ensemble de MD complémentaires.
« Authentification, autorisation et paiements ». On entend par là la capacité à identifier et à contrôler l’accès d’un utilisateur aux différentes ressources. Il faut pouvoir gérer la multiplication des « identités d’utilisateur » et des autorisations d’accès qui en résultent. Il est nécessaire de rationaliser les procédures d’identification des utilisateurs qui « jonglent » souvent avec plusieurs identifiants, log-in. D’où le développement d’ « Autorités de certification » qui publient des certificats numériques cryptés permettant de vérifier électroniquement l’identité d’un l’utilisateur, afin de restreindre le nombre d’identifications nécessaires.
« Extensibilité et pérennité ». L’extensibilité désigne la capacité d’un système à être appliqué à une échelle plus grande. Les freins le plus important d’un tel élargissement sont ceux du logiciel utilisé (qui ne permettra peut-être de gérer un nombre important d’usagers) et de l’effort nécessaire à la gestion du système (l’intervention humaine restant nécessaire). La pérennité désigne quant à elle la viabilité du système dans le long terme. Le problème qui se pose ici est celui du maintient et de l’adaptation d’un projet, d’une part quant à l’évolution des besoins des usagers, d’autre part quant à l’évolution des technologies utilisées (désuétude accélérée des supports et formats).
Par « Accessibilité » on entend tout simplement la capacité physique à accéder au document. En effet outre le problème de l’accès au matériel (ordinateur et connexion à Internet), c’est aussi celui de l’accès au document qui se pose pour les personnes souffrant d’un handicap physique (surdité, myopie, etc.) à mesure que les supports se diversifient (texte, image, son). Une solution envisagée est celle de l’« approche croisée systématique », qui vise à proposer un même document sous plusieurs formes pour limiter l’impact du handicap.
Selon Peter Brophy ce questionnement sur le concept de Bibliothèque hybride traduit une volonté de développer un nouveau modèle capable de répondre aux problématiques nouvelles que pose l’ère de l’information. A ce titre il est partisan d’une approche de la Bibliothèque où celle-ci joue un rôle d’intermédiaire, de filtre, entre des source d’information quasi illimitée (Internet) et l’individu, dont les capacités cognitives restent limitées.
Commentaire :
La fin de la bibliothèque « traditionnelle » tant redoutée par certains et tant attendue par d’autres, n’est clairement pas pour demain. Toutes les sources documentaires ne sont pas électroniques, tous les services ne sont pas « dématérialisable », il faut donc s’adapter à cette réalité. Il est difficile de concevoir aujourd’hui une bibliothèque, ou un centre de documentation, purement « virtuel »ou simplement « traditionnel ». Une bibliothèque dont le fonds n’est constitué que de documents papiers peut mettre en ligne un catalogue de ses ressources, mais aussi des liens vers des ressources électroniques externes que le bibliothécaire jugera de nature à susciter l’intérêt de ses lecteurs. De même une bibliothèque se voulant « immatériel » pourrait être emmené à signaler, par une notice bibliographique, un document non-électronique parce que sa pertinence imposera qu’il soit référencé. Il convient donc de trouver un modèle d’organisation, de gestion apte à intégrer cette réalité. A ce titre l’article de Peter Brophy présente le double intérêt de poser avec clarté d’une part, la nécessité d’une approche « hybride » de la gestion du document, d’autre part les difficultés techniques liées à sa mise en œuvre. Cette nécessité d’adapter le modèle d’organisation tient, nous l’avons vu, à la variété des ressources existantes et au besoin de proposer à l’utilisateur des services adaptés à son environnement de travail. Aujourd’hui encore les difficultés évoquées dans cet article ne sont pas totalement surmontées. La multiplicité des environnements documentaire est un obstacle à la circulation de l’information : un document numérique peut n’être lisible qu’avec tel logiciel, non adapté à tel système d’exploitation, le modèle de notice bibliographique utilisé par un centre de documentation peut ne pas correspondre avec celui adopter par tel autre, etc. il reste donc à mettre en place les solutions permettrant de franchir ces obstacles.