jeudi 14 décembre 2006

Fiche de lecture n°3 : « La documentation numérique : concurrences et rivalités »

Notice bibliographique : Le Moal, Jean-Claude, « La documentation numérique : Concurrences et rivalités », BBF, 2002, n° 1, p. 68-72[en ligne] Consulté le 14 décembre 2006
Mots-clefs : édition, bibliothèque

lien : http://bbf.enssib.fr/sdx/BBF/frontoffice/2002/01/document.xsp?id=bbf-2002-01-0068-007/2002/01/fam-dossier/dossier&statutMaitre=non&statutFils=non

Résumé :

Le développement d’Internet à modifié les rapports entre les acteurs de la chaîne de création et de diffusion du savoir. L’édition numérique permet de s’affranchir des contraintes de l’imprimé (coûts et logistique importante), tout un chacun peut ainsi éditer lui-même et diffuser directement, sans intermédiaire, ses œuvres. De nouvelles concurrences sont donc apparues entre auteurs, éditeurs et intermédiaires de la chaîne de diffusion de l’information, chacun voyant son « champ » d’activité modifié. Parmi ces intermédiaires se trouvent les bibliothèques.

L’édition en ligne, puisqu’elle permet de diffuser instantanément et à moindres coûts une œuvre, concurrence et court-circuite en quelque sorte les bibliothèques. Celles-ci jouent traditionnellement le rôle d’intermédiaire à la diffusion de l’information : elles repèrent, sélectionnent et mettent à disposition des ressources pour leurs usagers. Hors on assiste depuis plusieurs années au développement de la diffusion d’informations directement d’un producteur (auteur, éditeur) vers un récepteur (lecteur), ce qui exclue donc l’intervention des bibliothèques.

Ce phénomène touche particulièrement le monde de la recherche où le mouvement des « archives ouvertes » fait son chemin. Il s’agit pour un chercheur de rendre accessible gratuitement le résultat de ses recherches sans passer par un éditeur commerciale. Il peut « auto-archiver » ses articles, c'est-à-dire les déposer dans une base (par exemple une base de pré-publications, comme la collection HAL du CCSD) où ils seront librement consultables ou encore publier dans un périodique gratuit (dans ce cas c’est l’auteur qui paie pour être publié). L’objectif de ce mouvement est avant tout de s’émanciper des grands éditeurs scientifiques qui profitent de leur position pour imposer des tarifs d’abonnement excessivement élevés, ce qui freine la diffusion du savoir.

En même temps de nouveaux intermédiaires entre en concurrence avec les bibliothèques, par exemple les éditeurs proposant leurs titres en consultation directe ou encore les producteurs de bases de données comprenant des documents en texte intégral. En outre les éditeurs, avec le passage aux périodiques électroniques, ont substitués au droit de détention du document acquis par abonnement « papier », un simple droit de consultation pour les revues électroniques. Ainsi c’est l’éditeur qui archive les revues sur ses propres serveurs et lorsqu’un abonnement prend fin on a généralement plus accès aux numéros précédemment acquis (les antériorités) même si des évolutions se font jour dans ce domaine.

Il est à noter aussi que le web favorise une certaine forme de concurrence entre bibliothèques. En effet là où la collaboration et la mutualisation devraient être une priorité, on constate au contraire une profusion d’initiatives isolées favorisant les redondances d’informations. C’est le cas lorsque des bibliothèques archivent sur leurs propres serveurs des ressources accessibles en ligne. Il fait donc poursuivre l’activité des réseaux afin d’optimiser l’action des bibliothèques. Les consortiums créés afin de négocier avec les éditeurs au nom de leurs adhérents sont un exemple de l’évolution de l’activité des réseaux (par exemple le consortium Couperin). De même concernant la numérisation des fonds il faut aussi chercher la coordination afin d’effectuer les choix les plus judicieux.

Ces multiples formes de concurrences font croire à certains que les bibliothèques, et à fortiori des bibliothécaires, sont aujourd’hui inutiles. Hors l’intégration de l’outil numérique, du web, donne aux bibliothèques la capacité de développer des services en adéquation avec les besoins actuels. Il faut donc s’approprier ces nouveaux outils et favoriser la coopération et la mutualisation entre établissements afin que les bibliothèques, de toutes sortes, trouvent leur place dans la société de l’information.


Commentaire :

Le développement du numérique a considérablement transformé le modèle traditionnel de la chaîne éditorial. Le rôle de chaque acteur est devenu moins clairement délimité, il y a eu « chevauchement » des domaine d’interventions, auteurs et éditeurs pouvant aisément éditer eux-mêmes leurs ressources. De nouvelles concurrences se sont ainsi développées. Cette évolution n’a pas épargné les bibliothèques dont la fin fut annoncé comme le fut celle du document papier. Il est vrai qu’Internet, en temps que fantastique réservoir d’information, concurrence les bibliothèques dans leur rôle de diffuseur d’information, de nombreuses ressources pertinentes étant accessibles instantanément aux internautes.

Pourtant cette prédiction ne tient pas compte du savoir-faire des professionnels de la documentation en matière de gestion et de référencement des ressources. Car la croissance exponentielle des informations rend aussi beaucoup plus délicat leur repérage et leur évaluation. En cela les documentalistes apportent une réelle plus-value à l’information qu’ils diffusent puisqu’un travail de sélection et de validation est effectué en amont. Le métier de la documentation peut donc tirer avantage de cette situation est faire valoir des compétences de gestion de l’information devenue primordiale à l’ère, justement, de l’information.

La collaboration entre établissements au travers, par exemple de réseaux et de consortiums est un moyen d’optimiser le travail des bibliothèques. Répartir les fonds et les coûts permet d’envisager une politique documentaire globale, dépassant les contingences locales. Les fonds ainsi constitués gagne en variété tout en étant clairement référencés. En outre l’acquisition et la diffusion de l’information ont toujours un coût. Dans bien des cas les contraintes économiques freinent la constitution de collections et le maintient de leur diversité. La mutualisation est alors un moyen efficace de surmonter ces contraintes financières au profit de la qualité des fonds.

Les professionnels de la documentation ont aujourd’hui les moyens d’intégrer les évolutions technologiques pour enrichir la gamme des services qu’ils peuvent proposer. Il faut mettre à profit ces avancés et suivre l’évolution des besoins des usagers. De nos jour la bibliothèque n’est plus seulement un lieu de stockage du savoir, un simple centre de ressources, elle devient actrice du référencement du « puit-sans-fond » du savoir qu’est le web.

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