Fiche de lecture n°5 : « Stratégies de numérisation : analyse comparative des programmes de la Bibliothèque nationale de France et de la Bibliothèque nationale du Québec »
Notice bibliographique : Poirier-Brèche, Véronique, « Stratégies de numérisation : Analyse comparative des programmes de la Bibliothèque nationale de France et de la Bibliothèque nationale du Québec », BBF, 2001, n° 6, p. 24-28[en ligne]
Mots-clefs : numérisation, Bibliothèque national de France (BnF), Bibliothèque national du Québec (BnQ)
Auteur : Véronique Poirier-Brèche
Résumé :
Dans les années 90 la Bibliothèque national de France (BnF) et la Bibliothèque national du Québec (BnQ) lancèrent toutes deux leur propre programme de numérisation en vue de la constitution de collections numériques. Cet article fait la comparaison des politiques choisies pour chacun de ces projets, tant du point du vue des objectifs que des moyens mis en œuvres. L’analyse porte sur les aspects qualitatifs, et non quantitatifs, des deux programmes car les moyens financiers n’étaient pas comparables. Là où la BnF disposait d’un budget de près de 70 millions de francs et de délais relativement longs, la BnQ ne put compter que sur un financement d’environ 7 millions de francs et des délais plus courts.
Cette comparaison révèle des différences fondamentales de politiques entre les deux projets. Tout d’abord le type d’usager visé n’est pas le même. Le projet de la BnF s’adresse plutôt à un public « intra muros », c’est à dire les usagers « physique » qui fréquente les bibliothèques. Il s’agissait de créer une collection numérique consultable en réseaux par les bibliothèques universitaires, uniquement dans leurs salles de lecture, équipées pour l’occasion d’un matériel de consultation très performant. La BnQ vise quant à elle les usagers à distance de la bibliothèque, via Internet.
Le type de ressource numérisé et le mode de sélection diffèrent eux aussi. La BnQ à cherchée à créer une collection qui soit représentative du « patrimoine culturel et populaire Québecois ». Les documents numérisés proviennent de son propre et furent sélectionnés par un comité, en fonction de critères tels que leur intérêt documentaire ou leur rareté. La BnF à pour sa part constitué sa collection à partir des fonds de plusieurs établissements. Les documents furent choisis en fonction de leur intérêt intellectuel, historique, afin de constituer une collection de type « encyclopédique » (couvrir les œuvres fondamentales de l’Antiquité à nos jours). Pour cette raison ce programme s’adresse à un public érudit, de chercheurs.
Pour ce qui est de réalisation des projets la BnQ à opté pour une réalisation exclusivement en interne, afin de limiter les couts. Elle à fait appel au personnel déjà en place pour numériser les œuvres de son propre fonds. Au contraire la BnF, ayant des moyens plus important, à put embaucher du personnel spécialisé afin de mener a bien son projet. Les deux institutions ont optées pour une numérisation en mode image plutôt qu'en mode texte.
Ces projets sont représentatifs de manières différentes de concevoir le rôle d’une bibliothèque national. Le projet Québécois est tourné vers le grand public et vise à valoriser le patrimoine du Québec, sa variété et sa rareté. Le projet français adopte quant à lui une approche beaucoup plus élitiste et vise à constituer une collection d’érudition à l’adresse des chercheurs.
Commentaire :
Malgré l’ancienneté de cet article, qui date de 2001, j’ai jugé bon de le sélectionner parce qu’il nous éclaire sur l’origine des projets de la BnF et de BnQ mais surtout parce qu’il illustre parfaitement la nature des choix « idéologiques », « intellectuels » qui président à la constitution de collection numérique à partir de fonds numérisés. Créer une telle collection suppose des contraintes budgétaires et techniques fortes. Il faut du temps, de l’argent et du matériel, du personnel, etc. Il faut donc, parce que l’on agit suivant ces nombreuses contraintes, effectuer des choix cruciaux. Que numériser ? Quelle quantité de documents ? etc. Dans ce cas il faut donc se fixer une sorte de ligne de conduite permettant de faire ces choix. Ce que montre bien cet article c’est que la collection que l’on souhaite mettre en place doit être pensée comme un "tout" pour être cohérente. En effet la nature des documents sélectionnés et le type de public vont de pairs. Il faut penser à ces aspects de la collection avant de démarrer le programme de numérisation.
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